Le marathon de la grossesse par Sabrina

enceinte grossesse femme enceinte maman fille maternitéJe m’appelle Sabrina, je suis storyteller. Je raconte des histoires à travers des mots, des images, des vidéos. J’ai une petite fille de 6 mois qui s’appelle Naïla. 

Le cheminement vers la maternité

Avant de tomber enceinte, j’ai vécu une longue période pendant laquelle je ne me sentais pas prête, mon mari non plus d’ailleurs. Nous ne voulions pas d’enfant avant d’avoir réalisé certains projets. Nous nous sommes sentis prêts en même temps, pendant le premier confinement. Nous avons réalisé qu’avoir un enfant n’allait pas nous arrêter dans nos projets. C’était simplement une autre aventure, on s'est rendu compte qu’on pouvait tout concilier.

Nous voulions partir de Paris et c’est quand nous avons pris cette décision que j’ai appris ma grossesse. Tout est arrivé en même temps.

Nous devions partir en voyage en mars et j’ai appris ma grossesse en février. Avant de l’apprendre, j’étais très fatiguée, mais je pensais que le yoga en était la cause, j’en faisais beaucoup. Peu de temps après, une amie m’a dit qu’elle avait rêvé de moi en me disant pour rire que c’était peut-être le signe d’une grossesse. Ensuite, c’est mon mari qui m'a parlé d’une anecdote qui m’a fait penser à la grossesse. Je commençais aussi à avoir un peu de retard. Je me suis dit que les coïncidences étaient trop nombreuses et qu’il fallait que je fasse un test. 

J’ai donc fait un test de grossesse. Je pensais qu’il était erroné, je l’ai donc laissé plusieurs heures dans la salle de bain sans avoir d’attente particulière. Quand je suis revenue, j’ai vu qu’il m’annonçait que j’étais enceinte. J’ai eu du mal à digérer la nouvelle pendant plusieurs semaines. J’ai vécu une longue période pendant laquelle je n’y croyais pas, comme si on m’avait annoncé quelque chose, mais que c’était une blague ou un rêve. Ça me paraissait irréel. 

Je suis tombée malade pendant toute la première partie de ma grossesse. J’ai même eu le covid. Ce n’était pas évident, je me sentais très seule parce que je ne pouvais le partager avec personne. J’étais vraiment épuisée. C’était dur à accepter, car l’énergie est quelque chose de très important pour moi. Mais cela m’a permis de me rendre compte que j’avais besoin d'un but chaque jour. Je ne suis pas dans le contrôle absolu, mais j’aime savoir ce que j’ai de prévu tous les jours.

enceinte grossesse femme enceinte maman fille maternitéLes deux derniers trimestres

Une fois le premier trimestre passé, j’ai commencé à accepter, je me sentais mieux. J’apprivoisais mieux mon corps. J’ai également repris le yoga, le sport et surtout, je n’étais plus malade. Je n’avais plus cette fatigue qui m'empêchait de tout faire.

J’ai vraiment ressenti l’écart avec le premier trimestre où je ne bougeais pas. Mes journées paraissaient sans fin. En temps normal, tous les jours, je fais des choses différentes. Me dire que je me lève de mon lit pour ne rien faire, c’est très compliqué. Quand j’ai recommencé à bouger et à avoir plus d’énergie, ça allait vraiment mieux. De plus, cela correspondait à la période où j’ai commencé à annoncer ma grossesse.

Ma mère le sentait, elle n’arrêtait pas de me poser la question. Pendant la période du ramadan, j’ai dû cacher à ma famille que je ne le faisais pas. Pour l’annoncer à mon père, on lui a offert comme un petit œuf kinder avec, à la place du jouet, un mot dans lequel on lui annonçait qu’il allait être grand-père. Pour ma mère, j’ai décidé de lui montrer mes analyses en lui faisant croire que je ne comprenais pas ce qu’elles voulaient dire. Elle a vite remarqué qu’il y avait écrit “grossesse”. Elle était très heureuse. Je l’ai ensuite annoncé à quelques amis. Je me sentais très soutenue, il y avait un cocon qui se formait. 

À partir du moment où on l’a annoncé, c’est comme si leur joie nous avait nourri mon mari et moi. Avant, on était heureux, mais on avait du mal à réaliser.

À la fin de ma grossesse, tout s’est plutôt bien passé. J’étais heureuse, car j’ai pu continuer à faire du sport, j’étais active. Je redécouvrais mon corps. Par exemple, je n’avais pas envie d’acheter des vêtements de grossesse. Je ne voulais pas de pièces en plus et je ne me reconnaissais pas dans ces vêtements. J’ai donc gardé ceux que j’avais déjà, mais je les ai redécouverts. C’était, pour la plupart, des vêtements que je ne mettais plus.

Juste avant mon accouchement, je commençais à être impatiente, mais je profitais des derniers moments. J’allais très souvent à Paris, je profitais. Ma mère me disait de me ménager. Un jour, dans les dernières semaines de ma grossesse, je suis partie faire un massage. Le soir, je pensais vraiment que ça allait être le moment. Je commençais à avoir des contractions, je la sentais beaucoup bouger. Nous sommes allés à l'hôpital avec toutes nos affaires, mais finalement, elle était simplement un peu descendue dans le col. Fausse alerte.

Quelques jours plus tard, je suis sortie avec mes amies. À un moment, j’avais mal au ventre et j’ai senti qu’il fallait que je rentre chez moi. On m’avait expliqué ce que c’était qu’une contraction, mais je n’arrivais pas à comprendre ce que c’était réellement. Dans le corps médical, on me disait qu’il fallait que je le comprenne comme si je l’avais vécu, mais je n’y arrivais pas. On m’avait dit : “c’est quand le ventre durcit”. Mon ventre se durcissait, mais je n’avais pas mal. J’ai utilisé une application pour m’aider, elle me disait d’aller à l’hôpital. Je me suis dit que c’était le jour J. J’ai donc demandé à mon mari de me ramener des sushis, je me suis douchée, coiffée. Nous sommes allés à l'hôpital et encore une fois, fausse alerte. Pourtant, j’avais vraiment des contractions comme on me les avait décrites.

J’étais un peu déçue. Le lendemain, j’ai regardé des vidéos de femmes qui parlent de leur accouchement, de leur post-partum. J’ai fait ça toute la journée. Peu de temps avant, en allant aux toilettes, j’ai repéré une fuite. Mon mari a cru que c’était moi qui avais perdu les eaux ! Nous n’arrivions pas à savoir d’où ça venait. Nous avons donc continué notre vie, j’ai continué mes vidéos, à rire aux éclats devant une femme qui racontait n’importe quoi à cause des hormones. 

Le lendemain, en plein milieu de l’après-midi, j’ai eu une intuition. Je me sentais bizarre, elle bougeait un peu moins que d’habitude. En temps normal, je sentais déjà son caractère. Elle me donnait des coups énormes. Quand je la vois maintenant, je réalise qu’elle est pareille que quand elle était dans mon ventre. Je me sentais un peu mouillée : ma poche d’eau avait fissurée. Je suis partie faire une sieste en me disant que, si au réveil, j’étais encore mouillée, j’appellerais mon mari pour que l’on aille à l’hôpital. Je n’avais pas envie d’y retourner, j'étais fatiguée des fausses alertes.

J’ai fini par l’appeler. Je les ai appelés aussi, ils m’ont dit d’aller les voir par sécurité. Ma poche était fissurée depuis quelques heures, heureusement que nous y sommes allés. On m’a prévenu que j’allais être déclenchée seulement le lendemain par manque de place dans l’hôpital.

enceinte grossesse femme enceinte maman fille maternitéL’accouchement

On nous a prévenus que nous n’allions pas pouvoir avoir de chambre et que mon mari ne pouvait pas rester. Je me suis effondrée. Ça me paraissait tellement injuste.

Il est revenu le lendemain matin. On m’a fait des monitorings pour vérifier que tout allait bien. On m’a dit une première fois qu’on me déclencherait à 9 heures, pour finalement décaler à 14 heures. 

On m’a donc déclenché et avec mon mari, nous nous sommes transformés en sportifs, comme pendant un marathon. On descendait des marches, on montait des pentes, on faisait le tour de l’hôpital. J’avais l’impression qu’il était devenu mon coach. 

J’ai eu des contractions rapprochées pendant 4 heures. À 23 heures, on me demandait encore de continuer. J’avais tellement mal que je ne pouvais ni m’allonger ni m'asseoir. La seule position que je pouvais supporter était d'être assise sur une balle de yoga. Tout était très long, tout prenait beaucoup de temps. J’ai demandé à être consultée et j’étais seulement à deux doigts. 

Après encore de longues minutes, le travail a commencé. On m’a posé la péridurale alors qu’à la base, je n’en voulais pas. Mais je n’en pouvais plus, mon corps me disait stop. À minuit, on m’a dit que je pouvais dormir et me reposer. Tout ça a duré 3 jours, c’était tellement long, comme un marathon.

À 11h00 le lendemain, tout s’est accéléré. Quatre femmes sont entrées dans la salle. J’avais demandé à ce qu’il y ait le moins de personnes possibles et j'ai vu ces 4 personnes rentrer en me demandant si ça ne me dérangeait pas. Je n’ai pas osé dire non !

J’ai commencé à pousser et je sentais tout, comme si je n’avais pas de péridurale. Elles m'encourageaient en me disant qu’on y était presque, mais je leur disais que je ne les croyais plus. On rigolait, c’était lunaire. J’avais l’impression de ne pas être dans mon corps et de regarder la scène. C’était comme une séance de sport. Je devais gérer ma respiration et j’avais un petit groupe pour me soutenir. Elles avaient toutes des énergies différentes. 

Au bout de 40 minutes, j’ai commencé à être vraiment fatiguée. Ma respiration n’était plus fluide. J’ai commencé alors à m’écouter moi et à respirer comme j’en avais envie. Je voulais avoir le contrôle. La sage-femme m’encourageait, m’a dit qu’on voyait la tête et m’a fait toucher la tête de ma fille. J’ai eu un regain d’énergie. J’ai continué à pousser, j’ai même prié. C’est ce qui m’a fait tenir. Mon mari m’encourageait beaucoup aussi. À ce moment-là, une des auxiliaires a mis sa main sur mon ventre pour faciliter le travail, elle appuyait. Une amie m’avait dit de ne pas accepter ça. Je lui ai donc enlevé sa main, mais elle me disait qu’elle était obligée, car l’épaule était coincée. Je lui ai dit non. J’ai arrêté d’être concentrée sur le fait de pousser à ce moment-là. Et c’est pourtant là que le bébé et le placenta sont sortis. Aujourd’hui, avec le recul, je pense que tout était juste, tout le monde avait sa place, c’était un travail d’équipe. 

La sage-femme m’a demandé si je voulais prendre le bébé ou le donner au papa. Je lui ai dit de le donner à mon mari. Elle l’a quand même mis sur moi en peau à peau, car au même moment, elle me massait, je faisais une hémorragie. Elle a tout fait pour ne pas que je m’en rende compte et pour arrêter cette hémorragie. Elle a réussi, elle a fait un très bon travail. Elle me l’a ensuite mise au sein. Tout était bien géré. À la base, j’avais un projet d’accouchement, mais je n’étais pas fermé pour autant. Ça ne servait à rien, car il y a toujours de l’inattendu. La sage-femme m’a bien dit que sans péridurale, je n’aurais pas tenu aussi longtemps. 

Même ma fille a été très forte, elle a tenu 40 minutes. On avait l’impression qu’elle avait presque choisi son jour. Tout s’est fait de manière naturelle, même pour la suite. Presque comme si je savais déjà tout naturellement. J’avais des sortes de réflexes que je ne comprenais pas. C’était naturel. J’avais une intuition très forte. La simplicité même dans l’épreuve m’a surprise, mais je ne peux pas dire que tout était facile. 

grossesse femme enceinte maternité enfant fille grossesse accouchementLe post-partum

Le post-partum a été très dur moralement et physiquement. J’ai eu un problème à la symphyse pubienne pendant 3 ou 4 mois. C’est quelque chose de peu courant. C’est ma sage-femme libérale, qui a d’ailleurs été incroyable et qui m’a beaucoup aidé à préparer mon accouchement, qui m’a dit que j’avais ce souci-là. Je n’arrivais pas à marcher pendant le premier mois, j’avais même du mal à porter ma fille. À ce moment-là, il y a eu beaucoup de perturbations. Mon mari a changé de travail, je suis retombée malade, j’ai eu le covid une nouvelle fois. 

Finalement, dans cette période compliquée, je voyais les choses comme une phase de guérison. Je me disais qu’il y avait beaucoup de choses qui s’étaient passées, rien que la grossesse par exemple. Une grossesse, ça change une femme. J’ai vécu des choses que je ne pensais pas vivre. Par exemple, dès que mon mari partait, je me sentais abandonnée, j’avais le cœur déchiré au point qu’il hésitait parfois à aller travailler, en me voyant dans un tel état. Je ne me reconnaissais pas, mais c’était plus fort que moi. L’allaitement était aussi compliqué, car ma fille a un frein.

Tout était compliqué, mais je voyais ça comme un challenge. Les challenges m’aident à grandir. Je me disais que, peut-être, j’avais besoin de vivre certaines choses pour en comprendre d’autres et potentiellement les transmettre à d’autres femmes. J’ai accepté et l’acceptation m’a permis de voir les choses par étapes, sans trop penser au futur. 

À cause du frein de ma fille, nous avons vu plusieurs spécialistes. Cela lui a permis de se débloquer de plein d’autres choses.

L’allaitement a été très dur pour moi, très douloureux. J’ai eu des crevasses, la candidose. Ce n’était pas évident. Mais au bout du deuxième mois, les choses se sont assouplies. J’ai commencé à faire des séances de récupération abdominale et du périnée. La récupération du périnée a été assez rapide, car comme je faisais du sport même pendant ma grossesse, ça l’avait renforcé. Cependant, c’est ce qui a pu causer le problème à la symphyse pubienne.

J’ai repris ma vie petit à petit et aujourd’hui je vais mieux. Pour moi, c’était juste un chemin qu’il fallait passer pour que j’apprenne à devenir mère. J’ai dû laisser partir des anciennes Sabrina, une image que j’avais de notre couple qui ne correspondait plus, car à trois, ce n’est plus la même chose. J’ai dû apprendre à vivre avec mon rôle de femme, de mère et d’épouse dans cette nouvelle dynamique à trois. Mon mari grandissait aussi à travers nous et avec nous. Aujourd’hui, on a une dynamique plus saine, comme si on avait grandi d’un coup. Cela ne veut pas dire que nous sommes arrivés au bout du chemin, au contraire. Mais maintenant, je sais que l’on est prêt à tout affronter. 

enceinte grossesse femme enceinte maman fille maternitéMon conseil aux futures mamans 

Ce qui m’a aidé, c’est d’accepter. Accepter les choses comme elles viennent, surtout celles que tu ne peux pas contrôler, fait que ça se passe beaucoup mieux. Les choses sont plus rapides, car tu n’as plus d’attente.

L’écriture m’a beaucoup aidé. Au début, je ne pouvais pas partager ma grossesse ni avec ma famille, ni avec mes amis parce que je me disais que personne n’allait comprendre. Écrire était un moyen pour moi de poser, de laisser partir mes pensées. J’écrivais beaucoup les soirs où ça n’allait pas. On communiquait aussi beaucoup par écrit avec mon mari, par message. Le fait d’écrire, de poser ses mots et de dire clairement, sans filtre, ce qu’on pensait était bénéfique. S’autoriser à le dire aussi. Il fallait lui laisser sa place en tant que père.

Les compléments alimentaires m’ont aussi beaucoup apporté après mon accouchement. Les compléments de magnésium que je prenais avant d’être enceinte ont un gros impact sur mon stress et mon sommeil. Ils ont été un tournant dans mon post-partum. Je me suis rendu compte que je ne prenais plus de compléments et quand je les ai réintroduits dans mon alimentation, j’ai senti que mon mental allait un peu mieux.

Tout ça rejoint la spiritualité. Il faut aller plus loin que les actes, apprendre comment faire pour aller bien. Quand on se sent bien, tout notre entourage est impacté. Il faut aussi faire attention à ce que son entourage se sente bien, leur faire confiance.