Quand Léa a voulu devenir maman, elle a cherché des ressources qui lui ressemblaient. Elle ne les a pas trouvées. Alors elle les a écrites.
Aujourd'hui, depuis Porto où elle vit avec sa femme et leur fille, elle continue de créer ce qui manquait, pour elle, et pour des milliers de familles queer. On a eu envie de s'asseoir avec elle, pour le mois des fiertés.
1. Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots. Qui vous êtes, ce que vous faites, et ce qui vous a amenée à en faire votre métier ?
Je m'appelle Léa, je vis à Porto, au Portugal, avec ma femme Capucine et notre fille Liv. Ensemble, on crée des ressources autour des familles LGBT+ et de la PMA – du contenu sur les réseaux, des livres, une communauté sur Substack, et notre propre maison d'édition. Mon prochain livre, Familles Queer – Parentalités mode d'emploi, paraît aux éditions La Plage.
Ce qui m'a amenée là tient en une phrase : j'ai cherché ce contenu quand j'en avais besoin, je ne l'ai pas trouvé, alors je l'ai créé.
2. Le mois des fiertés, ça représente quoi pour vous aujourd'hui ? Est-ce que ça a évolué au fil des années ?
Ma relation à la Pride a évolué en même temps que ma relation à moi-même. Plus jeune, je ne m'y retrouvais pas vraiment – probablement parce que je n'étais pas encore tout à fait alignée avec qui j'étais.
Progressivement, c'est devenu une fête, un espace pour se retrouver, se sentir moins seule. Aujourd'hui c'est toujours ça, mais c'est surtout devenu un moment politique que je ne peux plus dissocier du contexte dans lequel on vit. Les droits qu'on a mis des décennies à arracher ne sont pas acquis pour toujours. Se rendre visible, c'est aussi les défendre.

3. Vous parlez beaucoup de visibilité, pour les familles queer, pour les parcours PMA, pour des trajectoires qu'on voit encore trop peu. Qu'est-ce qui vous a donné envie de prendre cette place-là ?
Ce n'était pas un choix délibéré au départ - c'était une réponse à un manque. Quand je cherchais des ressources sur la PMA pour les couples de femmes, je tombais sur des forums datés ou des contenus qui ne me ressemblaient pas, qui ne parlaient pas de notre réalité.
La visibilité est venue de là : d'abord pour combler ce vide pour moi, pour nous, puis en réalisant que des milliers de personnes cherchaient exactement la même chose. Et quand j'ai compris que représenter une famille homoparentale aidait autant les personnes queer à se projeter, que la société à mieux nous comprendre, il n'y avait plus de retour en arrière possible.
4. Est-ce qu'il y a des choses que vous auriez aimé trouver (un livre, un contenu, une conversation) quand vous avez commencé votre parcours, et qui n'existaient tout simplement pas ?
Des livres sur la parentalité vraiment inclusifs, qui prennent en compte des vécus plus larges que la famille hétérosexuelle. Et des ressources sur la PMA qui ne soient pas systématiquement associées à l'errance, à la souffrance, à la difficulté. Nos parcours sont fondamentalement différents de ceux des couples hétérosexuels qui poussent la porte d'une consultation de fertilité – et cette différence est encore trop rarement prise en compte dans ce qui existe.
5. Comment s'est passé le moment où vous avez décidé de parler de votre vie et de votre famille publiquement ? C'était une évidence ou ça a demandé une réflexion ?
Ça ne s'est pas fait sur décision. Ça s'est construit progressivement, sans qu'on ait vraiment choisi de "se lancer". C'est quand on a mesuré à quel point c'était utile pour d'autres que ça en est devenu évident. Sur notre parcours, notre relation, notre vie de famille – j'ai compris assez tôt que me taire était aussi un choix. Et ce n'était pas celui que je voulais faire.

6. Comment vous vivez le fait d'être à la fois mère et figure publique sur ces sujets ? Est-ce qu'il y a des moments où c'est lourd à porter ?
Pour l'instant, ce n'est pas lourd – et si ça devait changer, je ferais des choix différents. Ce qui m'aide, c'est de ne jamais perdre de vue pourquoi je fais ça : parce que ça a du sens, pas pour performer une identité. Je m'autorise à être une mère imparfaite malgré cette visibilité – justement pour que d'autres s'y autorisent aussi.
7. Est-ce que vous sentez que les choses évoluent en France autour de la visibilité queer et des familles homoparentales ? Dans quel sens ?
Elles bougent, mais rarement en ligne droite. Il y a une meilleure représentation dans les médias, davantage de contenus, une génération qui grandit avec une image plus large de ce que peut être une famille. Et en même temps, le backlash est réel : le "wokisme" est devenu un mot-valise pour rejeter des droits fondamentaux, et les familles homoparentales restent invisibles dans des pans entiers du quotidien – à l'école, dans les formulaires administratifs, dans les cabinets médicaux.
On avance. Mais les retours en arrière sont encore trop fréquents pour qu'on puisse se permettre de relâcher l'attention.
8. Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez que les personnes en dehors de la communauté comprennent vraiment. Pas juste acceptent, mais comprennent ?
Que nos familles ressemblent à toutes les autres dans le quotidien. Nos enfants ont des parents qui les aiment, des mardis soir ordinaires, des repas ratés, des bobos à soigner. La différence, c'est qu'on a dû se battre pour avoir le droit d'exister légalement – et ce combat peut laisser des traces.
Ce que j'aimerais que les gens comprennent vraiment, c'est l'énergie que ça coûte de devoir justifier son existence à chaque nouvelle étape de la vie. Et que tout le monde y gagnerait – vraiment tout le monde – si ça n'était plus un sujet.
9. Qu'est-ce qui vous donne de l'espoir en ce moment ?
Voir grandir ma fille et ses ami·es. Leur intelligence face au monde, leur façon de saisir des sujets qu'on croit complexes, leur ouverture, leur empathie. Ça, ça me donne un espoir immense pour demain !

10. Et pour finir, si vous deviez retenir une seule chose de tout ce chemin parcouru, personnellement et professionnellement, ce serait quoi ?
Que combler un manque pour soi, c'est souvent combler un manque pour beaucoup d'autres. Je n'aurais jamais imaginé que parler de notre expérience de mères deviendrait un métier, encore moins plusieurs livres – ni que ça aiderait des milliers de familles à se construire de manière sereine, informée et safe.
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