Les turbulences de mon post-partum par Paloma

maman solo grossesse femme enceinte maternité enfant bébéJe m’appelle Paloma, j’ai 32 ans et j’ai un petit garçon de deux ans qui s’appelle Viggo. Je suis comédienne depuis toujours. J’ai commencé en faisant des photos quand j’étais toute petite et j’ai continué en passant ma vie sur des plateaux en séance photo.

Etudes et carrière

J’ai fait de la musique pendant une dizaine d’années. C’était ce que je voulais faire : je voulais chanter, même avec ma peur bleue de la scène. Avec le recul, chanter me manque tellement que je pense que je vais y revenir petit à petit. La maternité a tout changé, j’ai pris confiance en moi. Désormais, il n’y a plus personne que j’ai envie de rendre fière en dehors de mon fils. J’ai envie qu’il soit fier d’avoir une maman épanouie, accomplie.

J’ai fait très peu de théâtre, je n’ai quasiment pas de formation d’actrice. J’ai fait les ateliers jeunesse du cours Florent que je n’ai pas terminé. C’était une très bonne expérience, mais ça reste des ateliers jeunesse… Je n’ai pas connu la concurrence, les égos.

J’ai fait une école de journalisme à Paris pendant un an et j’y ai suivi des cours de cinéma. Je suis tombée dingue de mon professeur de cinéma. Il m’a donné ce goût pour le cinéma d’auteur, il nous montrait des films que j’adorais. Mais je n’étais pas heureuse dans cette école. Un jour, je suis allée voir la personne qui s’occupait des échanges internationaux. Elle m’a dit qu’au lieu d’arrêter, je pouvais prendre la place qu’il restait à New York et y vivre pendant 6 mois. J’avais vingt ans et j’étais déjà tellement chanceuse.

maman solo grossesse femme enceinte maternité enfant bébéNew York

Quand je suis arrivée là-bas, on m'a dit que j’avais cinq cours imposés, dont trois cours qui ne me plaisaient pas du tout. J’avais en revanche le droit de prendre deux cours libres. Comme je m’entendais bien avec la directrice de l’école qui me trouvait hyper motivée, elle m’a proposé de prendre les cours que je voulais et m’a dit qu’on s’arrangerait plus tard pour les crédits à valider.

Je me suis retrouvée à faire de la production, du scénario, de la photo, de l’histoire du cinéma… New-York, ça a changé ma vie. Je réalise toujours l’impact que ça a eu sur ma vie d’aujourd’hui.

J’ai été journaliste pour une radio. C’était génial. Il n’y avait pas beaucoup de gens qui travaillaient pour cette radio, mais il y avait des Français. Je leur avais dit que ce qui me plairait ce serait d’avoir un blog, puisque j’étais dingue de musique et que New-York était remplie de petites scènes. J’habitais à côté de petites salles qui recevaient des groupes très connus aujourd’hui, comme les Black Keys par exemple. 

J’ai donc commencé à écrire des articles pour cette radio et ce blog en tant que stagiaire et je me suis retrouvée à aller interviewer le pianiste de Julian Casablancas. J'ai aussi croisé Dan Black. C’était fou. Je n’avais encore aucune expérience et on m’a quand même donné ma chance. Au lieu de rester six mois, je suis restée presque deux ans.

Je continuais mon école à côté et ma directrice était tellement gentille qu’elle me disait chaque semestre de prendre ce que je voulais. Puis, j’ai décidé de ne pas faire ma quatrième année car je manquais d’argent. Je suis donc rentrée à Paris avec l’envie de devenir comédienne. 

Le retour à Paris

À un moment, j’ai entendu parler d’un travail d’assistante qui se libérait dans une énorme entreprise de production. J’y suis allée façon New-York, sur place, avec mon CV. 

Trois jours plus tard, j’ai rencontré le directeur et dix jours plus tard, j’ai commencé à travailler pour lui. Je lui ai dit que je voulais bien être son assistante mais que ce que j’aimais, c’était l’artistique. Je voulais lire des scénarios, l’accompagner sur des réunions, présenter les projets et voir comment ça se passait, rencontrer des gens du milieu. J’allais avoir 23 ans.

C’est à force de voir des acteurs sur des plateaux que je me suis dis que si lui ou elle pouvait le faire, alors moi aussi. La dernière grosse mission que j’ai eu pour cette entreprise était de créer la soirée annuelle pour présenter tout ce qu’on allait produire durant l’année à venir. Pendant cette soirée, j'ai rencontré Dorothée Grosjean, agent de comédiens. J’ai eu un coup de cœur pour elle. Ce n'était pas quelqu’un de super expansif mais elle avait un regard franc, honnête. Je me suis dis qu’il fallait absolument que je bosse avec elle. Je lui ai envoyé un mail en lui disant que je n’avais pas fait grand-chose mais que j’avais quand même envie de lui montrer mes vidéos. Ensuite, on s’est vu, on a pris un café et j’ai quitté la boîte. C’est comme ça que c’est parti.

J’ai commencé à travailler avec elle d’une manière un peu difficile car je ne connaissais personne et je ne savais pas passer des castings pour des fictions. Le casting, c’est très ingrat. Le métier de comédien aussi, c’est pour ça qu’aujourd’hui j’essaie de m’en détacher un peu. Faire un casting, c’est se mettre à nue devant quelqu’un que tu ne connais pas en te sentant jugée. Moi, j’avais toujours fait de l’improvisation, je n’avais jamais fait de textes de théâtre et c’était traumatisant. 

Je suis comédienne depuis ce jour-là, ça fait bientôt 10 ans. Aujourd’hui, j’ai un peu envie de voir autre chose. Avoir un enfant change également ta vision des choses.

maman solo grossesse femme enceinte maternité enfant bébéGrossesse et maternité

Ma maternité a vraiment commencé pour moi à l’accouchement. L’accouchement a été le plus beau moment de ma vie, j’ai eu beaucoup de chance. Au même moment, j’entendais des histoires d’accouchements qui ne se passaient pas bien. On entend souvent des histoires mais tant que l’on n’est pas proche de la maternité on ne peut pas comprendre ce que c’est.

Être enceinte fait naître une nouvelle personne en toi. C’est indescriptible pour moi, j’ai beaucoup de mal à décrire la maternité parce que c’est propre à chacun. Tu es la mère que tu es avec ton histoire des trente ans d’avant.

Mon fils a deux ans et aujourd’hui, j’ai l’impression d’être la meilleure version de moi-même, au meilleur endroit, au meilleur moment. Je ne voudrais changer ma vie pour rien au monde et pourtant c’est très dur. Je ne suis pas du tout pour le méga positivisme autour de la maternité, parce que de fait, c’est dur.

Je n’estime pas être quelqu’un de féministe parce que mes combats sont intégrés. Je ne monte pas au front, je n’ai pas envie et j’estime que ce n’est pas ce que j’ai à faire ici. Cependant, j’essaye de planter une graine quand je sens qu’il y a place à la réflexion chez certaines personnes qui peuvent paraître un peu obtuses au premier abord. Mais être mère est quelque chose de très particulier.

La grossesse s’est très bien passée. Je n’avais pas de doute, pas d’appréhension, ni de peur. Rien de tout ça. C’est l’après, pour mon corps, qui a été plus violent. Aujourd’hui encore. J’ai pris 20 kilos, je suis comédienne, je fais des photos. Je n’ai pas travaillé pendant deux ans. J’ai été maman et rien d’autre. C’était vraiment difficile.

De plus, quand tu es comédienne et que tu ne peux pas travailler, personne ne va t’envoyer un chèque. 

J’ai été suivie par un médecin très reconnu qui est chef maternité à Necker. J’ai été forcée au déclenchement, il m’a planifié la date d’accouchement. Pour lui, il ne faut pas dépasser 40 semaines, il m’a donc dit tout de suite que j’allais accoucher le 31 octobre.

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Si demain j’accouche d’un autre enfant, j’accoucherais à Necker. C’est le meilleur endroit sur cette planète pour accoucher. Les salles d’accouchement sont incroyables, c’est au cinquième étage, avec des baies vitrées avec vue sur Paris, beaucoup de lumière… C’est génial. De plus, les sage femmes et auxiliaires de puériculture sont incroyables. Je me souviens encore de leurs prénoms, Manon et Joséphine. C’était des perles.

J’ai donc été forcée au déclenchement. Arrivée presque à terme, je me disais que mon fils n’allait pas sortir tout de suite, mon col était toujours à zéro et je ne voulais pas qu’on me déclenche. Mais mon médecin voulait qu’on le fasse.

On redoutait l’accouchement car peu de temps avant, des amis avaient vécu une épreuve difficile lors de l’arrivée de leur bébé. Quand c’est le premier accouchement et qu’une histoire similaire te reste en tête, c’est compliqué de ne pas appréhender. On avait peur de l’inconnu. 

Résultat, j’ai eu un accouchement incroyable. Magnifique. Le médecin m’a mis les pieds sur les étriers, il m’a dit de pousser, ça a duré 3 secondes et tout allait très bien. L’accompagnement a été génial de A à Z et expulser l’enfant a été incroyable. J'ai eu à la fois l’impression que mon corps se disloquait et qu’une maison me passait dans le bassin. Et puis mon fils est sorti, je l’ai vu en me disant « c’est ça ? ».  Je l’ai pris dans mes bras, je lui ai dit bienvenue et je ne savais plus ce qui se passait dans ma vie à partir de ce moment-là.

L’accouchement a été un moment unique pour moi. J’ai tellement aimé ce moment d’expulsion. Déjà, avec les contractions, j’ai découvert quelque chose. J’ai même trouvé ça marrant. Malgré cela, j’étais très mal préparée à l’accouchement. Il faut prendre son mal en patience, attendre… c’est très long. 

Si un jour j’ai un autre enfant, je ne sais pas si je referais une péridurale. Je suis pour parce que je n’ai pas envie de souffrir mais ça ne m’a pas réussi. J’ai même fait une crise de panique quand j’ai senti mon corps partir. Tu portes la vie et tu as un travail qui va durer des heures et des heures, donc ça m’a fait très peur. Et ensuite, pendant des jours entiers, j’étais vraiment très mal.

maman solo grossesse femme enceinte maternité enfant bébéAccueillir son enfant

C’est difficile d’accueillir son enfant parce qu’il faut être là, disponible et répondre à tous ses besoins dans la seconde. Au bout de sept jours, nous sommes rentrés à la maison et c’est le ciel qui m’est tombé sur la tête. 

Au début, tout n’est que panique. Je doutais même de mes capacités à faire un biberon, à donner le bain. Je culpabilisais s’il y avait une fuite de couche. Et puis c’est difficile de se retrouver face à une si petite chose, avec la peur de ce qui se pourrait se passer. J’ai toujours très peur qu’il arrive quelque chose à mon fils ! J’essaie de ne pas trop y penser car ça peut tuer mes journées.

J’étais épuisée. C’était très difficile de tirer mon lait, mon fils tétait toutes les dix minutes. J’ai fait des montées à 40,5 de fièvre deux fois. Il fallait que je le fasse toutes les nuits parce que je tenais vraiment à allaiter et à ne pas être au biberon, je ne sais pas pourquoi. Honnêtement je pense que je ne le referais pas, c’était trop dur.

La chose à laquelle je tenais, c’était d’avoir les ongles fait et les cheveux propres et coiffés. Toujours. Je me sentais tellement mal avec mes 20 kilos supplémentaires, mal habillée, que j’avais besoin d’avoir au moins ça. 

J’ai mis beaucoup de temps à sortir dehors. Je n’arrivais même pas à fermer mes manteaux d’hiver et puis j’avais tellement peur qu’il se passe quelque chose. On te parle tout le temps de la mort subite du nourrisson, c’est traumatisant. Une fois, je me suis endormie d’épuisement avec mon fils dans les bras et j’ai eu vraiment peur.

On me disait qu’il ne fallait pas s’endormir avec son enfant dans son lit mais je n’avais pas le choix parce qu’il tétait toutes les dix minutes. On le mettait entre nous deux dans le lit, avec le coussin d’allaitement. Ce n’est vraiment pas beau à voir au début, on oublie de le dire. Tu as mal partout, tu es en couche pendant des semaines, sous la douche tu as peur de te doucher tellement ça fait mal à certains endroits. Et les seins avec l’allaitement ! Le premier jour à la maternité je ne pouvais même pas passer la serviette pour me sécher. J’attendais, car je ne pouvais pas me toucher à cause des crevasses. Ça saignait beaucoup.

Mon post-partum a vraiment été une grosse turbulence. Je me suis séparée de Guillaume quand mon fils avait six mois. Je n’ai pas eu le temps de me remettre de mon accouchement que c’est arrivé.

Je me suis dit que partir à six mois c’était mieux que de partir à six ans. Un an et demi plus tard, on est soudés avec Guillaume. On s’entend bien, on fait des choses ensemble, on a une vie de famille qui est vraiment plus équilibrée que si on était toujours en couple. Les débuts ont été très durs pour lui.

Pour moi, tout était fluide en tant que maman. Pour le papa, j'avais l'impression que les choses étaient plus difficiles, qu'il fallait qu'il trouve son rôle, sa place et aussi en tant que mari ou compagnon, car après l'accouchement il n’y en a plus que pour l’enfant. Ceux qui arrivent à avoir une intimité au bout de trois mois ont beaucoup de chance, ceux qui arrivent à garder leur relation intacte aussi. Parce que ça t'abîme en tant que personne et aussi dans ta liberté. Tu ne peux plus aller au cinéma ou aller boire un verre en fin de journée, parce qu'à 18 heures ton couloir commence : le bain, faire à manger, jouer et le mettre au lit.

maman solo grossesse femme enceinte maternité enfant bébéAujourd’hui, je n’ai envie d’être nulle part ailleurs que dans cette vie-là. Mais on ne va pas se mentir, je suis une parisienne de 32 ans, j’ai toujours fait mille choses dans ma vie, j’adore sortir. Aujourd’hui, il faut penser à tellement de choses : les bodies s’il se fait pipi dessus, la housse pour le protéger s’il se met à pleuvoir, les biberons. Il y a une énorme liste à faire avant de sortir de chez soi, même les déplacements ne sont pas fluides.

La séparation

Cette séparation, c’était le ciel qui me tombait sur la tête une deuxième fois. J’étais perdue en tant que femme, dans mon corps. Je suis partie à six mois, en plein premier confinement. C’était une période déjà bien anxiogène et je n’avais pas travaillé depuis longtemps. J’avais eu mon dernier tournage à six mois de grossesse. Donc depuis neuf mois. Et je n’ai pas retravaillé jusqu’à février 2021.

Il fallait trouver un appartement bien et pas trop cher car un bébé, ça coûte cher. Ceux qui disent que ça ne coûte rien, je ne sais pas comment ils font. Et puis tu te retrouves seule et ce qui te manque le plus c’est d’avoir une vie de famille et d’avoir quelqu’un sur qui se reposer, qui gère les à-côtés. Moi, je gère mon travail, ma maison, mon fils, ma famille, mes amis. 

Ce que je trouve un peu triste, c’est que je vois souvent des couples où l’un garde le petit pendant que l’autre sort. Mais selon moi, c’est très important de faire des choses à deux et ça me manque. Quand je suis avec le père de mon fils et qu’on fait des choses tous les trois, parfois je les regarde et j’ai envie de pleurer. Parce que je me dis que c’est quelque chose que je n’aurais pas, je ne saurais pas ce que ça fait d’élever son enfant au sein d’une famille. Mais je ne regrette pas mon choix. Je sais que je n’aurais pas eu cet équilibre si j’étais restée et je me remercie tous les jours pour cette décision. Mais il faut avoir un certain courage pour partir avec un enfant de six mois et se jeter dans la gueule du loup. J’ai eu très peu de soutien, les trois premiers mois j’étais vraiment dans le dur.

Les conseils aux futures mamans

Quand on devient maman, il faut se faire confiance. On est toujours au bon endroit et au bon moment. La priorité, ce n’est plus toi, c’est cet enfant qui dépend tellement de toi. Il ne faut pas avoir peur de verbaliser. De dire quand ça ne va pas, de dire quand ça va hyper bien aussi. Il y a des mamans qui le vivent très bien, qui ne sont pas fatiguées et c’est génial d’entendre des messages positifs et pas seulement les côtés négatifs. En tout cas moi, jusqu’à preuve du contraire, c’est le plus beau rôle de ma vie, il n’y a rien qui ne me rende plus heureuse.

C’était l’anniversaire de mon fils hier et j’ai vu une vidéo de moi lui apportant son gâteau d’anniversaire. J’ai vu le regard que je pose sur mon fils... je ne me suis jamais vue comme ça.

Voir ce regard que tu portes sur une personne alors que tous les jours on est un peu plus déshumanisés, qu’on ne prend pas le temps de prendre soin des autres, qu’on ne prend pas le temps d’écouter les autres aussi parce que c’est déjà intense à la maison. En fait, l'amour que tu as pour cette personne, il n’y a pas de mots pour le décrire.

La plus grande confiance qu’on te donnera de toute ta vie c’est celle-là, celle de ton enfant. C’est incroyable de voir comme il te regarde avec ses yeux remplis d’amour.